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13 mai 2009, par Claude-Eric Desguin
RÉSUMÉ
- Il est nécessaire et juste de rémunérer la création artistique quelles qu’en soient les modalités d’accès ; ces modalités évoluent et continueront d’évoluer, entraînant une dématérialisation croissante des œuvres intellectuelles et artistiques ; l’industrie de l’audiovisuel n’a ni intégré ni anticipé cette évolution et n’en a pas tiré parti.
- L’internet est un instrument essentiel de la vie sociale, économique et culturelle ; son efficacité est directement liée à sa neutralité et à son ouverture.
- Si l’internet ne doit pas être une zone de non-droit, il ne doit pas davantage être une zone de droit d’exception : le droit s’applique à tous et partout, y compris le droit pénal lorsqu’il s’agit de réprimer les infractions, ainsi que la protection des libertés publiques (vie privée, liberté d’expression et d’accès à l’information). Les législations existantes, en France et en Europe, ne doivent être ni ignorées ni contredites par le droit français régissant l’usage des réseaux.
- Tout comme dans le cas de la lutte contre les stupéfiants, il est plus efficace de réprimer les agissements des trafiquants que ceux de leurs clients ; la sanction financière et/ou pénale est plus juste et plus adéquate que la sanction administrative.
- Un dispositif nécessitant une surveillance systématique et intrusive du trafic de chaque internaute serait à la fois inefficace (en raison de son coût, de sa fiabilité douteuse et des échappatoires techniques disponibles), démocratiquement inacceptable et peu compatible avec le droit communautaire.
- À travers la taxation des supports vierges pour copie privée, une forme de licence globale existe depuis bientôt dix ans ; il conviendrait de l’intégrer dans le dispositif ou de la déclarer caduque.
La loi dite « Hadopi » est donc inappropriée car :
- Elle contrevient au droit pénal français.
- Elle contrevient au droit communautaire.
- Elle ne propose aucune évolution des modalités de rémunération et de promotion de la création artistique, ne profitera donc pas aux créateurs.
- Elle repose sur un dispositif de surveillance techniquement peu efficace, peu fiable, extrêmement coûteux et dangereux.
- Elle implique des entorses aux libertés fondamentales.
- Elle entraîne des inégalités entre les citoyens et des risques élevés d’arbitraire et de sanctions injustes.
- Elle crée une exception internétique française qui sera un handicap concurrentiel en compromettant la neutralité et l’ouverture du réseau.
- En suscitant une généralisation de la clandestinité internétique (anonymat, cryptographie), y compris parmi les braves gens, elle va noyer la cybercriminalité dans un magma insurveillable.
Ça, moi je dis.
(La suite)